Extraits "Faire la paix avec son passé, Meux vivre avec ses souvenirs"

Jean-Louis Monestes. psychologue clinicien et psychothérapeute.

Texte

Il est maintenant clair qu’il est vain d’essayer de nous débarrasser de nos souvenirs. Cela est impossible. Mais alors que faire ? Sommes-nous condamnés à souffrir éternellement ?... Et si simplement nous essayions de laisser un peu de place à ces souvenirs, de tolérer qu’ils existent ? Au moins, cela permettrait d’éviter de déployer une énergie considérable à les museler et à essayer de les empêcher de refaire surface...

Pour cela, il faut commencer par prendre l’habitude d’arrêter à user notre intelligence à nous demander comment nous pourrions mieux vivre sans ces souvenirs, ce que serait notre vie sans eux, comment nous en débarrasser, ce qu’ils signifient, ce qu’ils impliquent, etc. Autant de démarches intellectuelles sur lesquelles nous nous sommes cassé les dents.

La solution est de limiter, voire d’éliminer toute analyse, réflexion ou prise de décisions qui nous semble rationnelle par rapport à ce qui pose problème dans un souvenir que nous souhaitons voir disparaître. Constatons simplement que cela ne fonctionne pas, et même que cela augmente notre souffrance, et essayons de ne plus réfléchir à sons souvenirs...

C’est parce que nous sommes capables d’analyser et d’anticiper les émotions désagréables que nos problèmes apparaissent. Comme le soulignent deux spécialistes des troubles anxieux et dépressifs, les êtres humains peuvent avoir peur de la peur, être déprimés de leur anxiété, avoir peur du futur, être tourmentés par leur passé, et lutter pour éviter ou échapper aux pensées déplaisantes, aux images, aux sensations, aux sentiments, à leurs habitudes et aux circonstances qui les ont provoquées ou à celles qui pourraient les provoquer dans le futur...

Les mots qui évoquent des mots qui évoquent des émotions.

Et tout cela, nous le devons au langage... avec ses avantages, et ses inconvénients...

Etre ici et maintenant.

« Tu ne peux pas modifier le passé et le futur ne se déroulera jamais exactement de la manière dont tu le prévois ou tu le souhaites [...]. Tes chagrins, tes peurs et colères, regrets et culpabilités, tes désirs et tes pleurs n’existent que dans le passé ou dans le futur ». De Milleman, dans le Guerrier pacifique...

Difficile de rester centré sur le présent. Et pourtant, nombreux sont les psychologues qui pensent que la clé du bonheur se trouve dans l’ici et le maintenant... Mais nous ne faisons pas toujours ce que nous voulons de notre pensée qui passe son temps entre le passé et le futur

 Devenez psychologue : faites de votre propre pensée votre objet d’étude.

Vivre dans le présent, c’est devenir progressivement capable d’observer ce qui nous entoure, mais c’est aussi observer notre vie intérieure : notre vie psychique, nos mécanismes de pensée et comment ces pensées ainsi que nos souvenirs nous arrivent...

« [...] il est inutile d’imaginer en nous une région entièrement obscure où la conscience n’existerait pas. Il n’y a pas de vide, pas d’insensibilité complète, pas d’obscurité absolue dans notre conscience. [...] Il y a des nébuleuses de la conscience. »...

Habituellement, nous ne parvenons pas à simplement repérer l’apparition de nos pensées et de nos souvenirs sans y attacher des significations particulières ou sans les croire. Nous n’avons pas l’habitude de nous décentrer par rapport à notre vie psychique... Et cela peut se révéler particulièrement problématique quand des souvenirs désagréables apparaissent ou réapparaissent sans cesse... Repérer des événements de pensée pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire de simples produits de notre activité psychique, constitue une démarche salutaire mais complexe... Nous avons pris l’habitude de recourir en permanence à notre pensée. Mais, dans certains cas, particulièrement lorsque nous ne sommes pas à même de modifier le cours des choses, il est préférable de sortir de cette perpétuelle analyse et de devenir simple observateur de ce qui se passe en nous... Il est particulièrement complexe de contrôler sa pensée. Parfois, cela peut même conduire à celui qui est recherché. Dans ces conditions précises, celles qui consistent en des contenus psychiques indésirables qui surgissent malgré nous, vouloir les analyser et leur donner sens, chercher à les contrôler, les supprimer ou les modifier, est particulièrement contre-productif.

La démarche la plus pertinente consiste alors à simplement repérer leur apparition, sans les critiquer ou les juger, mais en se contentant de les « regarder passer », à en devenir simplement témoin. C’est cette démarche qui est mise en avant dans certaines formes de méditation dans lesquelles les pensées sont considérées comme des nuages passant dans le ciel. Et, pour prolonger l’analogie météorologique, il s’agit alors de se consi­dérer comme le ciel, et non comme « le temps qu’il fait ». Plu­tôt que de vivre nos souvenirs comme des vérités accablantes que nous subissons, apprendre petit à petit à en prendre note depuis une position d’observateur extérieur. Au lieu de revi­vre le souvenir d’un décès par exemple, chercher à observer que ce souvenir m’apparaît et que j’en observe l’apparition comme si ma pensée était le théâtre d’événements psychiques que je considérerais d’un point de vue extérieur.

Devenir son propre psychologue n’est pas simple (même pour les psychologues !), car nous avons tous l’habitude de faire intégralement confiance à notre analyse langagière. Il est très rare que nous la discutions. Il est encore moins fréquent que nous nous contentions de l’observer de façon neutre.

 Prendre pleinement conscience de ses souvenirs, même les pires d’entre eux

Nous avons vu que nos principales difficultés apparaissent lorsque nous tentons d’oublier nos souvenirs ou d’éviter d’être conscients de nos événements psychologiques. À l’opposé de cette habitude que nous avons tous, prendre conscience plei­nement de ce qui nous arrive, à l’esprit comme au corps, est au centre de nouvelles démarches thérapeutiques appelées « thé­rapie de pleine conscience » et « thérapie d’acceptation et d’engagement », qui commencent à donner des résultats fort intéressants dans des domaines variés. Leur but principal est d’aider à prendre volontairement et complètement conscience de nous-mêmes, de nos pensées, de nos émotions et donc de nos souvenirs, même les plus désagréables d’entre eux.

Et c’est peut-être bien là que se trouve la solution à nos souvenirs douloureux. Il est important de parvenir à une régulation émotionnelle, mais cette régulation passe plus par une acceptation volontaire de nos émotions que par une ten­tative de contrôle de celles-ci. La cible centrale de ces nouvel­les thérapies est constituée des évitements et notamment les évitements d’expériences, cette tendance à tout mettre en oeuvre pour que n’apparaisse aucune émotion ni sensation désagréable.

Ces thérapies passent par une exposition volon­taire et mesurée à ces souvenirs qui nous hantent, mais aussi et surtout aux pensées et aux émotions qui s’y rattachent. Elles passent également par l’apprentissage d’une concentra­tion sur ce que nous vivons dans l’instant présent. Elles impli­quent enfin de parvenir à changer notre mode de relation à nos événements psychologiques et de leur laisser vivre leur propre vie, sans chercher à lutter contre eux.

Lâchez prise !

Puisqu’il est impossible de contrôler sa mémoire, mieux vaut y renoncer et arrêter de gaspiller autant d’énergie vers ce but inaccessible.

Si je parviens progressivement à observer mes événements psychiques depuis un point de vue extérieur, je peux égale­ment renoncer à essayer de les contrôler, d’éviter qu’ils appa­raissent, de m’en distraire, de les faire disparaître. Là encore, ce n’est pas chose aisée car nous sommes habitués à appliquer un raisonnement sur ce qui nous pose problème. Toute notre activité psychique a été préparée et entraînée pour résoudre des problèmes, chercher des solutions. Mais, nous l’avons vu, cela conduit au pire pour ce qui concerne les événements qui se déroulent en nous (émotions, sensations, pensées, souve­nirs), qui sont vraisemblablement incontrôlables. Aussi faut-il essayer de parvenir à « lâcher prise », c’est-à-dire accepter que nous ne parvenons pas à contrôler ces événements psychiques et arrêter de nous épuiser à essayer de le faire, cesser de nous battre contre eux.

Schématiquement, la démarche à adopter se trouve à mi-chemin entre les ruminations, au cours desquelles on cherche à tout contrôler, à résoudre la moindre manifestation émo­tionnelle désagréable, et la distraction, au cours de laquelle ce qui est recherché est de chasser le problème de son esprit, de faire comme si la difficulté n’existait pas. La position à attein­dre consiste à placer son curseur sur le « laisser-faire » et le « lâcher-prise »

... Le « lâcher-prise » c’est renoncer à discuter le contenu d’un souvenir ou chercher à le comprendre ou à le juger... Arrêtez de vous épuiser à tenter d’utiliser votre intelligence pour résoudre des problèmes qui n’ont pas de solution, abandonnez la lutte contre vous-même, et commencez à vivre pleinement votre vie.

Le message est clair : arrêtez de vivre votre passé. Laissez-le vivre. Nous ne pouvons pas modifier nos souvenirs, alors arrêtons de les entretenirs.

Au quotidien : quels exercices faire seul pour mieux vivre avec ses souvenirs ?

Développer sa conscience

Le développement de la conscience va se réaliser au moyen d’une augmentation de la concentration et de l’attention sur tout ce que nous vivons. Cela permet de vivre le moment présent.

En pratique, cela passe par un apprentissage progressif de concentration de notre attention sur certains actes que nous accomplissons automatiquement, ainsi que sur les perceptions auxquelles nous ne faisons plus attention, en les acceptant pour ce qu’elles sont.

... Les méthodes présentées ici correspondent à des adaptations de pratiques bouddhistes... Parmi elles, une pratique consistant essentiellement à focaliser son attention sur un point particulier, un élément du paysage ou un détail de la pièce dans laquelle on se trouve. Une autre forme de méditation consiste à devenir de plus en plus conscient de tout ce qui se passe à l’intérieur de nous, nos sensations, nos émotions et nos pensées.

Respirations en pleine conscience... Elle peut servir à revenir dans l’instant présent quand notre pensée vagabonde.

Balayage corporel. Il s’agit cette fois de focaliser son attention en la déplaçant sur les différentes parties du corps... Ne soyez pas agacé d’une distraction de l’attention, elle fait partie de l’exercice. Ne cherchez ni à la juger ni à l’interpréter, mais prenez-en juste conscience, remarquez que votre pensée s’est égarée, et centrez de nouveau votre attention sur la partie du corps à laquelle vous étiez resté.

Pleine conscience au quotidien...Il est possible de se concentrer sur chacun des actes de la vie quotidienne : manger, marcher, conduire, etc...

Observer ses pensées

... Attachez-vous à diriger votre attention sur la détection d’appa­rition de pensées ou de souvenirs. Observez-les apparaître, et contentez-vous de les regarder passer. Certains méditants conseillent par exemple d’imaginer que vous êtes au bord d’une rivière qui transporte des feuilles mortes. Lorsqu’une nouvelle pensée surgit, déposez-la en imagination sur une des feuilles et regardez-la s’éloigner au gré du courant. Essayez de ne pas rester fixé sur une pensée ou un souvenir particulier en l’analysant ou en le discutant. Si cela vous arrive, constatez-le et déposez cette pensée ou ce souvenir sur une nouvelle feuille morte qui passe et qui va progressivement s’éloigner. Contentez-vous d’« observer » cette rivière qui s’écoule paisi­blement, en continuant de détecter toute nouvelle pensée qui fera son apparition. Prenez-en note, et laissez-la passer son chemin sur une de ces feuilles.

Observer ses souvenirs et les émotions qu’ils évoquent.

...S’exposer volontairement à des souvenirs, aux émotions et aux pensées qu’on redoute et qu’on évite d’habitude, n’a pas grand-chose à voir avec le fait d’être confronté involontairement à ce qui nous fait peur ou souffrir...

S’entraîner à repérer l’apparition de pensées et de souvenirs... L’intérêt principal en est de moins subir les vagabondages de votre pensée qui vous mènent parfois à ressentir les émotions du passé et à lutter contre elles. Au contraire, vous parviendrez davantage à repérer la survenue de ces événements de votre vie psychique, l’évocation de vos souvenirs. Vous ne pouvez pas les contrôler , mais rien ne vous oblige à leur donner du crédit en écoutant systématiquement ce que ces pensées, ces souvenirs et ces émotions ont à vous dire. Acceptez leur présence, ne cherchez pas à lutter contre eux car cela leur donnerait de la force. Ne les fuyez pas, mais ne les cultivez pas non plus. Laissez-les simplement apparaître et repartir...

1 commentaire

#1 mardi 03 décembre 2013 @ 15:06 Huggy a dit :

Soyez Unclutched ! (Lâcher-prise pour atteindre l'éveil) - Tiré de Nithyananda

Kapalabhati Pranayama (3 minutes)
Faites des expirations courtes et forcées tout en plaquant l'abdomen vers l'arrière et le haut.

Shunyaka Kumbhaka ( 21 fois)
Expirez à fond pour vider ses poumons. Bloquez la respiration sur l'expiration aussi longtemps que possible mais sans excès ; visualisez la lune au sommet de la tête avec du nectar qui s'en échappe et qui se répand sur tout le corps. Quand vous ne pouvez plus retenir votre respiration, détendez-vous et inspirez naturellement. Répétez cela 21 fois.

Kevali Kumbhaka (21 fois)
Inspirez tout en chantant le son "sam".
Bloquez le souffle aussi longtemps que cela vous est confortable, tout en répétant mentalement "hamsam, hamsam, hansam"
Expirez avec "ham".

Sama Kumbhaka (21 fois)
Bloquez la respiration quelque part entre l'intérieur et l'extérieur, sans rien faire de spécial. Tout en retenant votre respiration, concentrez-vous sur le centre du coeur. Quand vous n'en pouvez plus, reprenez la respiration.

Soyez Uncluctched (dans le lâcher-prise, 10 minutes ou plus).
Détendez-vous.

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